Crimée – déclaration de la France au Conseil de sécurité

"Ce n’est pas l’Ukraine qui a violé la souveraineté russe. Ce n’est pas l’Ukraine qui a annexé illégalement un territoire russe. Il appartient à la Russie de faire le premier pas."

"Chers collègues,

Je tiens à remercier le vice-ministre des affaires étrangères ukrainien, M. Kyslytsya, ainsi que Mmes Bakkali et Oprysko et MM. Aliev et Chyihoz pour leurs présentations très éclairantes sur la situation en cours en Crimée.

Je souhaiterais revenir dans un premier temps sur la situation telle qu’elle nous a été décrite, pour proposer ensuite brièvement quelques pistes d’action.

1/ Cinq ans se sont déjà écoulés depuis l’annexion illégale de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol par la Russie. En dépit des garanties qu’elle a données en matière de respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues lors de la signature du mémorandum de Budapest, la Russie a violé de manière flagrante les principes et les objectifs de la Charte des Nations unies depuis 2014.

Loin de l’image d’une Crimée paisible, les témoignages que nous avons entendus aujourd’hui nous rappellent la répression à grande échelle et systématique contre toutes les opinions dissidentes, contre toutes celles et tous ceux qui ont osé dénoncer haut et fort cette annexion illégale. Parmi les populations visées par les autorités russes, les hommes et les femmes d’origine tatare paient une fois de plus un tribut particulièrement lourd. Ces violations graves et répétées des droits de l’Homme - les participants à cette réunion ont notamment évoqué les discriminations et les disparitions forcées - sont ainsi indissociables de l’occupation de la Crimée.

Enfin, cette violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine a accentué les tensions régionales, notamment dans le détroit de Kertch, en mer Noire et en mer d’Azov. Mme Oprysko nous a sensibilisés sur le sort des 24 marins ukrainiens détenus depuis le grave incident naval du 25 novembre dernier. À cette occasion, la Russie a fait usage de la force de manière disproportionnée. Au-delà de cet incident, elle mène des inspections excessives dans le détroit de Kertch depuis le printemps dernier. Il est plus que jamais nécessaire que les navires
commerciaux comme militaires bénéficient d’un passage sûr, libre et sans entraves.

2/ Permettez-moi maintenant de proposer quelques pistes d’action, dans le but de mettre progressivement un terme à cette annexion illégale du territoire ukrainien :

  • tout d’abord, nous devons rappeler à chaque occasion, dans toutes les organisations internationales, régionales et sous-régionales, que la Crimée et la ville de Sébastopol font partie intégrante du territoire ukrainien. Notre responsabilité est de lutter contre la stratégie du fait accompli, et éviter qu’un pays agresseur réussisse à tirer avantage d’une action illégale et dangereuse pour la région. Chacun mesure que ce qui est en jeu ici, ce sont bien les fondamentaux de la sécurité et de la stabilité internationales ;
  • deuxième point, nous devons continuer à attirer l’attention sur la situation des droits de l’Homme en Crimée. En effet, l’annexion illégale et les violations graves et répétées des droits de l’Homme sont indissociablement liées. Les autorités russes essaient manifestement de faire taire celles et ceux qui ont le courage de contester cette annexion illégale. À nous de mettre en échec cette stratégie de l’étouffement et du silence ;
  • enfin, nous devons appeler à une baisse des tensions en mer d’Azov et en mer Noire. Cela passe avant toute chose par la libération immédiate et inconditionnelle des 24 marins détenus par la Russie, ainsi que le retour des bateaux saisis, à la suite de l’incident naval de novembre dernier.

Chers collègues, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, le conflit actuel n’est pas le résultat d’un soi-disant « complot occidental ». Il faut appeler un chat un chat : il y a bien dans ce conflit un pays agresseur et un pays agressé. Quel que soit l’angle sous lequel nous analysons cette crise, ce n’est pas l’Ukraine qui a violé la souveraineté russe, ce n’est pas l’Ukraine qui a annexé illégalement un territoire russe, ce n’est pas l’Ukraine qui détient des marins russes après avoir capturé leurs navires.

Il appartient donc à la Russie de faire rapidement le premier pas et de revenir sur une politique qui est en contradiction flagrante avec les principes qui sont au cœur de l’Organisation des Nations unies, et auxquels la Russie se dit attachée. Notre main sera toujours tendue pour progresser dans ce sens.

Je vous remercie."

Dernière modification : 03/04/2019

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