Journée européenne et mondiale pour l’abolition de la peine de mort - Discours de Jean-Marc Ayrault (10 octobre 2016)

"Cette année, cette journée est consacrée à l’action des journalistes en faveur de l’abolition de la peine de mort."

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Allocution du Ministre

Monsieur le Ministre, Cher Robert Badinter,
Monsieur le Représentant spécial de l’Union européenne, Cher Stavros Lambrinidis,
Madame la Présidente de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureux de vous accueillir au Quai d’Orsay pour cette mobilisation organisée à l’occasion de la journée mondiale pour l’abolition de la peine de mort.
Cher Robert Badinter, je vous remercie tout particulièrement de votre présence. Vous savez bien que la France est capable de porter haut et fort le combat pour l’abolition de la peine capitale, combat que vous avez mené si longtemps, d’abord comme une des grandes voix du barreau français mais aussi lorsque François Mitterrand vous a proposé d’être son garde des sceaux. Chacun s’en souvient et chacun aussi se souvient du combat que vous continuez à mener.
Je remercie également Stavros Lambrinidis, représentant spécial de l’Union européenne. Nous avons échangé, il y a quelques instants, ensemble. Vous êtes chargé des droits de l’Homme et vous avez accepté de participer à cet événement parce que vous êtes aussi engagé dans une grande campagne européenne de mobilisation.
Je remercie enfin tous les partenaires qui participent à la réussite de cette rencontre : l’association Ensemble contre la peine de mort et son directeur général, que je salue, le Conseil national des barreaux, l’Organisation internationale de la Francophonie et France Culture.
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Mesdames et Messieurs,
La lutte contre la peine de mort est un combat politique et moral qui traduit une certaine conception de la justice et de l’Homme. Elle est donc un enjeu de civilisation. Mener ce combat, pour nous, c’est un impératif absolu.
La peine capitale, nous l’affirmons, est une inhumaine et également inefficace. Loin de protéger les hommes, elle est la négation de l’humanité. Loin d’être protectrice de leur sécurité, elle repose sur la peur, la violence et la mort.
Les arguments sont connus mais, face aux préjugés, il est essentiel de les rappeler, inlassablement. Il est d’autant plus nécessaire de le faire que la tentation existe d’invoquer par exemple la menace terroriste pour justifier l’application de la peine de mort. C’est ce que l’on peut entendre, encore modérément, en particulier en Europe, mais attention, c’est un piège. C’est un piège dans lequel certains veulent nous entraîner. Rien ne justifie la remise en cause des droits de l’Homme, qui sont universels et qui transcendent toutes les vicissitudes.
Et quand on voit dans des opérations de propagande morbide les terroristes exécuter en direct, montrant par l’image leur acte, ce serait pour eux une victoire si nous les suivions un peu sur le même chemin en rétablissant la peine de mort dans nos sociétés qui sont menacées justement par eux. Alors que leur but c’est la destruction de ce que nous sommes, la destruction du haut niveau de civilisation pour lequel nous nous battons.
Et, donc, nous le savons et le réaffirmons, face à la haine et à la violence aveugle du terrorisme, la peine capitale est impuissante. La guillotine, pas plus que la pendaison, la décapitation, l’injection létale ou la fusillade, ne protège. La peine de mort n’est jamais, en aucun cas, gage de sûreté contre des individus décidés à mourir pour leur cause. Elle est la solution de facilité pour toute société qui se laisserait dominer par la peur.
La justice doit rester la justice. La peine de mort n’est pas la justice. Verser le sang face au sang versé est une tentation irrationnelle. Le recours à la violence d’État n’arrêtera jamais le crime, je l’affirme encore une fois avec conviction.
Naturellement qu’il n’y ait aucun malentendu, certains voudraient le faire croire, cela n’empêche en aucune façon la fermeté absolue dans la réponse au terrorisme. L’abolition universelle de la peine de mort porte un espoir et un message de confiance dans nos sociétés, dans nos démocraties et je suis sûr en effet que les peuples sont profondément convaincus, si on prend la peine d’expliquer pour convaincre, de la justesse et de l’universalité des droits de l’Homme. Et c’est précisément cette conception de la société que visent, encore une fois, les terroristes.
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L’abolition universelle de la peine de mort est une priorité de la France. C’est un combat que nous menons partout. Notre engagement est sans faille. Il est celui d’un pays ambitieux pour les droits de l’Homme, car en la matière il n’existe pas d’alternative à l’ambition. Les droits de l’Homme ne s’accommodent pas de la tiédeur. Ils exigent courage, volonté et détermination.
Nous sommes présents partout dans les instances multilatérales, notamment aux Nations unies et en particulier au conseil des droits de l’Homme, où nous sommes à l’origine de résolutions fortes. À l’Assemblée générale, il y a quelques semaines - vous étiez là, Monsieur Lambrinidis -, j’ai appelé tous les États à se mobiliser en faveur de l’abolition. La résolution appelant à l’instauration d’un moratoire universel comme première étape vers l’abolition définitive est un outil fondamental. Nous sommes engagés pour, chaque année, en élargir le soutien et nous progressons.
La mobilisation de la France vaut aussi dans ses relations avec ses partenaires. Nos ambassades ont pour instruction de soutenir ceux qui, dans la société civile, promeuvent cette noble cause. Partout, la France agit et agira sans fléchir jusqu’à atteindre l’objectif que nous partageons.
En juin dernier, j’ai participé au congrès mondial contre la peine de mort, à Oslo. Vous en étiez, cher Robert Badinter, l’invité d’honneur. Ce colloque, lui aussi, montre que nous menons, ensemble, un combat qui dépasse les frontières, qui dépasse les clivages politiques, un combat français, un combat européen, un combat international. Un combat qui est aussi celui des défenseurs des droits, des avocats, des organisations non-gouvernementales et des personnalités engagées en faveur de l’abolition.
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Mesdames et Messieurs,
Je le répète, mais il faut le répéter, les droits de l’Homme sont universels. Aujourd’hui, les États qui continuent obstinément à appliquer ou maintenir dans leur droit la peine de mort font heureusement figure d’exception. C’est une première victoire. Nous devons continuer pour que cette exception se fasse de plus en plus rare, jusqu’à disparaître.
Cette année, cette journée est consacrée à l’action des journalistes en faveur de l’abolition de la peine de mort. Les journalistes ont en effet un rôle essentiel à jouer. Ils exercent sur l’opinion publique, par leur talent, leur engagement et les risques qu’ils prennent, une influence considérable. Dans trop de pays la peine capitale est maintenue par manque de débat public, par absence de démocratie. Or, ce débat public est indispensable, alors que des responsables politiques évoquent régulièrement le rétablissement de la peine de mort ou une reprise de son application - comme récemment aux Philippines ou au Guatemala, en Turquie ou aux Maldives et même en Europe.
Des journalistes ont justement la capacité à susciter le débat, la discussion, la controverse, à faire en sorte que les pays soient mieux informés, à mettre en lumière les idées reçues et à démontrer, preuves à l’appui, le caractère inhumain de certains raisonnements. Ils peuvent informer les peuples avec justesse et acuité et contribuer à dépasser les réflexes irrationnels. Ils peuvent aussi décrire la cruauté de ce châtiment. L’apport des journalistes est donc essentiel à la promotion de la cause de l’abolition. Nous comptons tous sur leur engagement et nous leur exprimons et apportons, partout où ils se battent, parfois dans des conditions extrêmes, tout notre soutien et notre estime.
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Mesdames et Messieurs,
Abolir la peine de mort, c’est permettre à la vérité de faire son chemin, à l’humain de l’emporter sur l’inhumain. C’est permettre, s’il le faut, au pardon de trouver sa place. C’est refuser d’être faible face au mal.
Pour conclure, je voudrais citer un grand homme d’État, même s’il n’a jamais exercé de fonctions exécutives mais qui fut une grande voix, je voulais parler de Jean Jaurès. Jean Jaurès qui, d’ailleurs, est mort sous les balles d’un assassin au moment où il mobilisait toutes ses forces contre la guerre. Il disait, alors que ce n’était pas forcément l’ambiance de l’époque : « la peine de mort est contraire à ce que l’humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêvé de plus noble ». C’était quelqu’un d’engagé, quelqu’un qui a donné sa vie pour la paix et c’est quelqu’un qui n’avait pas peur. Et je crois que c’est cela qui doit continuer à nous animer : ne pas avoir peur, croire aux valeurs que nous défendons, croire que ces valeurs seront plus fortes, que, même si ce combat est difficile, il vaut la peine d’être mené et que nous le gagnerons ensemble. Merci./.

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Dernière modification : 14/10/2016

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