Nations unies : Conférence de presse de Jean-Yves Le Drian et Heiko Maas

Face au risque de déconstruction de notre édifice multilatéral, la France et l’Allemagne renouvellent leur engagement en faveur du multilatéralisme et des Nations Unies et présentent l’initiative "Alliance pour le multilatéralisme".

Propos de Jean-Yves Le Drian

"Bonjour Mesdames et Messieurs,

Heiko Maas et moi-même avons souhaité profiter du "jumelage" de nos présidences du Conseil de sécurité pour porter ensemble un message de soutien aux Nations Unies et à l’action multilatérale. C’est dans cet esprit que Heiko Maas et moi-même venons de tenir, à la Représentation permanente de l’Allemagne, une réunion de présentation de l’initiative "Alliance pour le multilatéralisme".

Face au risque de déconstruction de notre édifice multilatéral, la France et l’Allemagne ont la conviction d’avoir un message à porter ensemble. Parce que nous sommes les mieux placées pour rappeler au monde ce que peuvent être les conséquences du repli sur soi, de l’unilatéralisme, de la libération de la parole extrémiste, du choc des nationalismes.

Depuis plusieurs mois, nous avons eu avec Heiko Maas, et avec plusieurs de nos homologues, des discussions régulières sur les défis auxquels la coopération internationale est aujourd’hui confrontée

Nous partageons un constat. Depuis plusieurs années, la remise en question dont les institutions multilatérales font l’objet a changé de nature. Ce ne sont plus seulement les institutions qui sont critiquées, pour leurs lourdeurs bureaucratiques, pour leur manque d’efficience, mais ce n’est plus le fonctionnement des Nations Unies qui est critiqué – c’est la pertinence même de ces outils multilatéraux. Ce sont les principes mêmes qui sont au fondement de la coopération entre les Etats qui sont désormais battus en brèche.

A Munich, en février dernier, nous nous étions réunis avec les Ministres canadien et japonais pour évoquer les moyens de préserver notre acquis multilatéral, d’une manière qui à la fois soit constructive et inclusive, et qui n’exclue aucun partenaire, mais qui permette à tous ceux qui souhaitent coopérer davantage, à ceux que j’appelle les « puissances de bonne volonté », de marquer leur soutien à l’édifice multilatéral et de disposer d’un lieu d’échanges et de proposition.

C’est l’esprit de l’« Alliance pour le multilatéralisme » – dont l’idée originale revient à Heiko Maas, et j’en profite pour lui rendre hommage pour son sens de la formule. C’est en fait un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme et des Nations Unies –un engagement qui est ouvert à tous, et qui à terme doit profiter à tous.

Nous avons profité de notre temps de présence à New York pour présenter cette initiative à un nombre restreint de partenaires, dont nous savons qu’ils partagent notre préoccupation, mais aussi notre volonté d’aller de l’avant.

Notre objectif est double :

D’une part, montrer que les Etats qui soutiennent le multilatéralisme et sont attachés aux Nations Unies restent majoritaires. C’est une majorité qui a été longtemps silencieuse, parce que nous avons longtemps considéré la coopération internationale comme allant de soi. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui, et les Etats attachés au multilatéralisme doivent se faire connaître, et unir leurs forces et leurs voix.

L’autre objectif est de créer un réseau souple et agile d’Etats, prêts à soutenir des initiatives de coopération internationale renforcée, à former des coalitions de soutiens, à générer du consensus, dans un esprit constructif et ouvert.

La réunion d’aujourd’hui nous a permis d’échanger avec nos partenaires sur les sujets d’’urgence internationale nécessitant un investissement accru. Beaucoup d’entre eux d’ailleurs regroupent les priorités que nous avons identifiées pour la présidence du G7 : lutte contre les inégalités mondiales, conséquences du développement des nouvelles technologies, urgence climatique et environnementale. Tous ces thèmes feront l’objet de notre part d’initiatives dans le cadre d’un multilatéralisme renouvelé.
La coopération n’est jamais le choix de la facilité. Mais c’est le choix de la sécurité – car il n’y a de sécurité que collective – et c’est la meilleure garantie de paix durable. C’est l’engagement que nous souhaitons renouveler, auprès de nos partenaires « de bonne volonté ».

Pour reprendre une expression que Heiko et moi-même avons récemment utilisée dans une tribune commune « qui, sinon nous » pour tenir ce discours, ambitieux et constructif ?

Donc nous poursuivrons donc cette initiative dans les prochains mois, avec pour objectif de réunir l’Alliance au niveau des Ministres et de présenter les premières initiatives dans le cadre de la 74e Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre, et d’ici là nous allons développer notre initiative et convaincre autour de nous."

Dernière modification : 16/05/2019

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